Le contrat première embauche

Je me suis un peu renseigné au sujet du projet gouvernemental en gestation, le CPE, histoire de me faire une petite idée. Autant dire que prendre position n’est pas facile du tout.

J’ai donc consulté le site du gouvernement à ce sujet, lu quelques articles de presse et écouté des émissions en podcasting à ce sujet (dont un débat RTL fort intéressant).

J’ai tout d’abord appris que la situation des jeunes français sur le marché du travail n’est pas vraiment bonne. Je n’avais pas vraiment conscience de ce fait, j’imagine que je travaille dans un secteur privilégié ou que ma formation initiale m’a protégée d’un démarrage difficile dans la vie active.

En clair, un patron pourra embaucher un jeune de moins de 26 ans grâce au CPE et le licencier sans donner de motifs pendant une période de deux ans. Voilà qui est dit. Le point intéressant est que le propos du gouvernement est le suivant :

« certes, cela va entraîner de la précarité, mais c’est le prix à payer pour accéder à un emploi » (JF Coppé sur RTL)

Ce qui est, ma foi, assez courageux et tranche avec le discourt démagogique habituel.

Voici ce que je déduis de ce projet de loi :

  • Contrairement à ce qui est affiché, le CPE n’est pas un CDI. En tout cas on le considérera forcément comme inférieur au CDI. En fait, le jeune en CPE sera dans une situation pire ou au moins équivalente qu’un jeune en période d’essai ou en CDD : difficile de contracter un prêt, difficile de louer un appartement, difficile de faire quelques projets que ce soit (La Fédération Française des Banques affirme considérer le CPE comme un CDI, encore faut il que cela soit une réalité du terrain. Le marché du logement est en pleine crise, cautions, garants …. la démarche des bailleurs est évidente ; le gouvernement proposera donc systématiquement une aide Locapass au titulaire d’un CPE)
  • Du point de vue de l’employeur, la comparaison entre un CDD de deux ans et un CPE tourne largement en faveur du CPE. Pas de justification pour signer un CPE, licenciement sans motif, avantages fiscaux etc…
  • Du point de vue du jeune, l’avantage est plus discutable. Au moins avec le CDD on sait ou on va. Les deux contrats se transformant facilement en CDI par la suite.
  • Toute la démarche du gouvernement consiste à dire :

« Le CPE va décomplexer les employeurs qui, disposant d’une réserve de travail plus volatile, vont embaucher plus facilement »

C’est un vrai pari. En ce sens, le CPE est une mesure tout à fait libérale.

Voici mes prédictions personnelles autour de ce projet s’il est adopté :

  • Le CDD va disparaitre pour les jeunes. Il sera beaucoup plus intéressant, du point de vue de l’employeur, d’utiliser le CPE.
  • Le CPE ne sera pas trop pénalisant pour les étudiants très diplômés. Ceux ci sortent du système scolaire vers 23-24 ans, le CPE sera la prolongation du stage de fin d’étude et une simple extension de la précarité post diplôme.
  • Le jeune de juste-plus-de-26 ans sera moins compétitif sur le marché du travail que le jeune pouvant être embaucher en CPE (et ouais !)
  • Le jeune candidat aura une carte en main que n’aura pas le candidat expérimenté. Ce dernier, ne pouvant bénéficier du CPE, pourra bien faire des concessions sur son salaire, il ne pourra rivaliser avec les cadeaux fiscaux du gouvernement réservés dans le cadre du CPE.
  • Proposer un « vrai » CDI deviendra un argument du recruteur.

« Je vous propose un salaire moins intéressant que chez X mais chez moi c’est un CDI ».

  • Pour les jeunes sortant tôt du système scolaire (BEP, CAP, Bac Pro), il y a un véritable risque de systématisation du CPE et un risque de va et vient d’entreprise en entreprise avant d’atteindre l’âge de 26 ans, ce qui peut représenter pour certains dix ans d’expériences professionnelles !

Vous voyez, mes prédictions sont alarmantes 😦 . L’important de la mesure est que l’on est certain qu’elle va augmenter la précarité, alors que l’on est pas certain qu’elle réduise le chômage des jeunes.

Malgré mon indécision, je suis quelque peu en désaccord avec cette proposition. Le reproche principal est qu’elle segmente les actifs sur un critère qui n’est pas efficace : l’âge.
Exemples :

  • un jeune fleuriste (BEP) – sur le marché à 16 ans – va souffrir de dix années de précarité ! Il lui faudra démontrer sa valeur à son patron pour que celui-ci lui « accorde » un CDI
  • un jeune diplômé en histoire de l’art (Bac+8), reconverti dans la communication grâce à un master dans une école privé – sur le marché à 27 ans – aurait bien voulu qu’on facilite son intégration dans la vie active via le CPE !

Mon sentiment est que le chômage des jeunes est plus dû à l’inadéquation de la formation aux besoins du marché. Mais c’est vrai, je n’ai pas en tête de solutions pour améliorer cela.

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